Lectures

Bibliothèque (( japonaise )) #2

Après avoir côtoyé fantômes et tanuki dans le livre Yōkai ! Le monde étrange des monstres japonais, embarquons aujourd’hui pour un Voyage silencieux à travers l’art japonais…

Japon, un voyage silencieux, Sandrine Bailly, éd. de La Martinière, 2020.

Japon, un voyage silencieux

Sandrine Bailly, éditions de La Martinière, 2020.

"De tant regarder la lune", Nadia Anemiche, 2019.
« De tant regarder la lune », Nadia Anemiche, 2019.

contempler, errer, tracer, apparaître, hanter

À travers ces cinq verbes, ces cinq mouvements, Sandrine Bailly trace un itinéraire pictural et littéraire à la découverte de l’art japonais. Ces chapitres sont comme les portes des torii, ces portails rouges représentant l’entrée des sanctuaires shintoïstes, que le lecteur franchit en silence, humble et attentif. En introduction, l’autrice écrit :

“J’ai souhaité que le lecteur chemine lentement vers une beauté qui ne se laisse deviner qu’au travers des ombres.”

C’est en effet à un voyage sensoriel que nous invite l’autrice, en nous promenant d’estampes en poèmes, de photographies en citations de grandes œuvres littéraires. C’est ce dialogue entre des formes d’art anciennes et modernes, célèbres et moins connues, qui m’a beaucoup plu dans ce livre.
J’y ai découvert le travail de la photographe française Nadia Anemiche dont les compositions épurées vont à l’essentiel, comme un haïku. Certaines de ses photos sont comme des trompe-l’œil tant elles ressemblent à des peintures de nature morte ! J’aime la façon dont l’artiste brouille les limites entre les genres artistiques.

En parcourant ce livre, on ne peut qu’être subjugué par l’expression mélancolique de la jeune femme sous son ombrelle représentée par Torii Kotondo :

Page de gauche : « Pluie », Torri Kotondo (1929) ; page de droite : « La Voie des fleurs » & » Murmures dans l’après-midi », Nadia Anemiche (2019).

Cette estampe de 1929, intitulée Pluie, est épatante de finesse. Et je dois rappeler qu’une estampe est une gravure sur bois qui est ensuite encrée et imprimée sur du papier ! Cette technique ne cesse de m’impressionner. J’imagine que chaque image exige une minutie et une rigueur extrêmes, tant pour le dessin préalable, la composition, la gravure elle-même puis la mise en couleur. Un vrai travail d’orfèvre !

Sandrine Bailly alterne images et courts textes d’introduction aux classiques de la littérature japonaise, notamment les Notes de chevet de Sei Shonagon. Ce texte est une sorte de journal intime écrit par une dame d’honneur de la cour de l’empereur Ichijô, dans le Japon du XIe siècle. Sei Shonagon y consigne ses observations et réflexions sur ce qui l’entoure mais aussi de nombreuses listes poétiques comme celles des “Choses ravissantes”, des “Rivières” ou encore des “Choses contrariantes ».

Sur les photos de gauche et de droite, il s’agit d’une édition des Notes de chevet de Sei Shonagon mises en résonnance avec les estampes d’Hokusai. Ce beau-livre paru en 2014 aux éditions Citadelles & Mazenod a l’air sublimissime ! Au milieu, on peut voir la page de garde d’une édition ancienne de 1934, vendu par la Librairie du Cardinal.

Pour des lecteurs contemporains, les Notes de chevet sont une plongée unique au cœur d’un monde passé, si éloigné du nôtre, celui de la cour impériale japonaise du XIe siècle (le livre a été achevé en 1002). Pourtant, en lisant les passages où Sei Shonagon décrit la beauté de la nature saison après saison, ou lorsqu’elle se moque gentiment de ses contemporains, on se sent proche d’elle malgré le millénaire (!) qui nous sépare. Voilà, je crois, l’un des pouvoirs magiques de l’écriture !

Choses ravissantes
« On cueille, dans un étang une feuille flottante de lotus, toute petite, et on la regarde. Les roses trémières sont ravissantes aussi quand elles sont petites. Qu’il s’agisse d’une chose ou d’une autre, peu importe, on peut dire que tout ce qui est petit est délicieux. »

Je vous parlais il y a peu de l’illustratrice Sandrine Thommen dont j’aime énormément le travail. Le hasard fait bien les choses car il s’avère qu’en 2014, elle a publié un livre avec Nathalie Dargent intitulé Choses petites et merveilleuses, qui reprend un texte de… Sei Shonagon ! La boucle est bouclée.


Évidemment, depuis que j’ai découvert l’existence de ce livre sur le site de Sandrine Thommen, je n’ai qu’une envie : l’avoir entre mes mains ! Malheureusement, il est épuisé (que faites-vous, éditions Picquier ?!) et donc difficilement trouvable. Son prix d’occasion a triplé…!

Me voilà en quête de cet album, qui a l’air d’être un trésor de poésie et de couleurs. Il complèterait magnifiquement ma bibliothèque japonaise, non ? 🙂

J’espère vous avoir donné envie de feuilleter Japon, un voyage silencieux et de découvrir les différentes facettes de l’art japonais, que l’on cantonne parfois aux estampes. Il y aurait encore tant de tableaux et de photos magnifiques à montrer, ce livre est une vraie mine d’or visuelle !

à bientôt pour le troisième et dernier volet de cette série « Bibliothèque japonaise » ! Cette fois-ci, je vous parlerai d’une série de romans qui a marqué à tout jamais ma vie de lectrice (rien que ça !).

3 commentaires sur “Bibliothèque (( japonaise )) #2

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